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Métal au long cours

Fidèle à son style de prédilection,
Hanker accouche d'un quatrième album

Nicolas Houle

Photo Le Soleil, Érick Labbé
Les membres de Hanker ont trouvé le moyen de poursuivre leur passion. Pascal Cliche, chanteur et guitariste d'Hanker, enseigne l'anglais. Patrick Gravel, guitariste, est également prof d'orientation. Le batteur Luc Guay gagne sa vie comme secrétaire.

Web Of Faith
Vingt ans que les gars d'Hanker poursuivent bon gré mal gré leur route dans le petit monde du heavy métal, 20 ans que leur passion musicale brûle de la même flamme. Loin de s'assagir, le groupe de la Côte-de-Beaupré lance son quatrième album, Web Of Faith, sans faire de courbette au goût du jour.

«Le heavy métal, c'est comme les cheveux longs, des fois c'est in, des fois c'est out, rigole Pascal Cliche, le chanteur et guitariste d'Hanker. On ne s'est jamais laissé influencer par les modes. Durant la vague grunge, on s'est demandé si on devait changer notre son et on s'est dit “Pourquoi balayer 15 ans de travail?”»

Le quatuor qui, outre Cliche, réunit Patrick Gravel (guitares), Luc Guay (batterie) et Denis Cossette (basse) n'est pas peu fier de son petit dernier, Web Of Faith. Enregistrée à Montréal avec la complicité de Jean-François Dagenais (le guitariste de Kataklysm), la galette traduit bien l'énergie propre aux performances du groupe. Exit les claviers qu'on avait pu entendre par le passé, Hanker livre des compositions sans artifices, dans une veine voisine des Iron Maiden et Judas Priest, avec des guitares teigneuses, une section rythmique musclée et des vocalises où les cris aigus ont droit de cité.

«On s'est très bien entendu avec Jean-François, il a donné un son uniforme à l'ensemble, y compris sur les chansons plus lentes, indique Luc. Pour nous, la voix doit être traitée comme les autres instruments, ne pas être trop à l'avant, et il a fait sonner nos pièces comme on les entendait.»

La force du rêve

La première mouture d'Hanker a vu le jour alors que Patrick Gravel et Pascal Cliche étaient encore à l'école secondaire. Au fil des ans, la bande a pris de l'assurance, a su développer un son qui lui était propre pour finalement proposer un premier album en 1994, In Our World. C'est à cette époque que les gars situent leur entrée dans le monde professionnel. C'est aussi à cette période que l'ascension est moins aisée. En effet, au moment où Hanker sait rivaliser avec ses pairs, le heavy métal n'a plus la cote et les maisons de disque se font rares. Ceux qui ont partagé la scène avec Helloween et Nightwish maintiennent néanmoins le cap, signent avec un label allemand pour The Dead Ringer, mais la compagnie disparaît. L'histoire se répète pour le disque suivant, Snakes And Ladders, que les musiciens avaient enregistré dans un prestigieux studio de Toronto.

Plus d'une formation aurait baissé les bras devant les embûches qui ont jalonné le parcours du band, mais rien ne semble effrayer les quatre compères. Quand ils ont compris, au milieu des années 90, qu'ils ne pourraient vivre, à court ou à moyen terme, de leur art, ils ont trouvé une solution pour continuer à aller de l'avant. Après tout, le nom qu'ils ont choisi ne signifie-t-il pas «rêver, aspirer à quelque chose»?

«On a orienté nos carrières de façon à avoir beaucoup de temps libre pour la musique, raconte Patrick. En devenant enseignant, j'ai mes soirées, mes fins de semaine, mes étés...»

Patrick est ainsi devenu professeur en orientation, Pascal enseigne l'anglais, Luc est secrétaire et Denis oeuvre dans un magasin de musique. Ils vivent bien avec leurs compromis. Et non, dans les écoles personne n'est effrayé par leurs tignasses. Elles font plutôt sensation!

«Ma mère m'avait toujours dit que mes cheveux longs me nuiraient, mais c'est le contraire, constate Pascal. Nos étudiants nous trouvent cool, certains écoutent notre musique et viennent à nos shows. Nos thèmes ne sont pas violents, au contraire, alors il n'y a rien de négatif pour eux.»

Vers l'Europe

Maintenant hébergés par la maison de disques montréalaise Skyscraper, les musiciens, qui ont tous la mi-trentaine, espèrent que leur série noire avec l'industrie s'achève. C'est bien parti, puisqu'ils bénéficient déjà d'une distribution au Canada et aux États-Unis. Le marché européen devrait suivre bientôt, car c'est là, notamment en Allemagne, qu'Hanker compte l'un de ses plus importants bassins de supporteurs. La formation revient d'ailleurs d'un séjour dans le nord de Hambourg, au Headbangers Open Air Festival, qui s'est très bien déroulé.

«Le gros de l'industrie ici ne s'intéresse pas au métal et souvent les groupes locaux sont sous-estimés, c'est pourquoi il faut aller à l'extérieur, observe Patrick. En Allemagne, il doit y avoir 40 festivals heavy métal en six mois! On devrait retourner là-bas l'an prochain.»

D'ici là, Hanker s'occupera de lancer son album sur son propre territoire. Mardi, un 5 à 7 au Liquor Store permettra de revivre sur écran quelques moments du séjour dans les Vieux Pays. Mais c'est à Montréal, le 16 septembre, au Club Soda, que l'on soulignera officiellement la parution par un spectacle en compagnie de la formation allemande Edguy. Une performance à Québec s'ajoutera quelques jours plus tard, au Kashmir, le 25 septembre.

«J'ai toujours dit qu'on continuerait tant qu'on n'aurait pas l'air de grands niaiseux sur le stage, lance Pascal. On a encore autant de fun, on sent qu'on a notre place et ce qui importe, ce n'est même pas de faire du profit, c'est d'arriver kif-kif dans notre budget!»

Source: Le Soleil cahier arts et vie page C3, Métal au long cours, samedi le 21 août 2004




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