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Janick Gers - Iron Maiden
Au sein des compagnies de disques, on confirme
volontiers qu'il y a un phénomène métal à Québec

Québec hurlant
Nicolas Houle

Les modes ont beau passer, les groupes vieillir, à Québec, le métal a invariablement la cote. Même durant les années 90, alors que le genre était en perte de vitesse, la ville demeurait un endroit de prédilection pour les musiciens crépus carburant aux riffs incisifs. L'histoire d'amour n'est pas près de s'achever, en témoigne le second passage d'Iron Maiden en six mois. Petite analyse du phénomène.

Après son séjour dans la province en août 2003, le batteur de la «vierge de fer», Nicko McBrain, n'avait que de bons souvenirs en tête. Il écrivait dans son journal de tournée, diffusé dans le site Web du groupe (www.ironmaiden.com): «Je peux vous dire que le spectacle de Québec et celui de Montréal figurent assurément dans le top 5 de tous les shows de Maiden. La foule et la façon dont nous avons joué à ces deux représentations étaient insurpassables. Des soirées hallucinantes. La seule manière d'expliquer ça était d'y être et de le ressentir.»

Certes, les communions avec les groupes de musique lourde, en particulier les formations britanniques, sont devenues chose presque commune dans la région, mais n'était-il pas risqué de s'appuyer sur cet engouement pour faire revenir le sextuor dans l'enceinte du Colisée une nouvelle fois en si peu de temps? Il semble bien que non, puisqu'à la fin de la semaine, il restait moins de 1000 billets pour le spectacle du 21 janvier, en formule concert.

«J'ai été le premier à m'objecter à ce qu'Iron Maiden revienne si rapidement, dit le producteur Michel Brazeau. Ce sont eux qui ont insisté. Ils ont dit à leur agent qu'il y avait quatre villes qu'ils tenaient à visiter pour cette tournée et Québec était sur la liste. On a tâté le terrain et la réponse du public était là...»

Selon Brazeau, il s'est installé une chimie telle entre Maiden et les fans du coin que le groupe arrive toujours gonflé à bloc et n'offre jamais de contre-performance. Janick Gers, l'un des guitaristes de la légendaire formation, acquiesce. Il rappelle que même durant la période où le chanteur Bruce Dickinson et le guitariste Adrian Smith avaient quitté le navire, les spectacles étaient mémorables: «On a effectivement fait la demande de venir à Québec, parce que c'est toujours génial, affirme-t-il. Je crois que ça tient au caractère européen de la ville. Nous communiquons très bien avec les gens, on se comprend, ce qui n'est pas souvent le cas aux États-Unis, par exemple. On vit quelque chose de similaire à certains endroits en Amérique du Sud comme à Santiago, où notre auditoire se rapproche de celui de l'Espagne...»

Loyaux admirateurs

Au sein des compagnies de disques, on confirme volontiers qu'il y a un phénomène métal à Québec. Règle générale, les nouveautés sortent plus qu'ailleurs, tout comme les fonds de catalogue. On envoie les albums en plus grand nombre et la plupart des magasins compte des sections spécialisées, subdivisés en sous-genre, pour mieux accommoder les clients.

«Quand on regarde le palmarès Soundscan, ce n'est pas rare de voir un disque métal qui sera dans le top 5 à Québec et qui sera en position 70 dans le reste du pays, indique Luc Laroche, de Warner music. On peut observer ça avec les gros noms, mais ça paraît encore plus quand c'est des artistes underground comme l'était Pantera...»

Même son de cloche chez les disquaires, où l'on trouve plusieurs fans de rock musclé. Selon Martin Lafleur, qui a eu son propre magasin consacré au genre, qui a oeuvré chez HMV et qui bosse maintenant chez Archambault à Sainte-Foy comme chef d'équipe, les ventes de métal dans la région représentent 7 à 10 % des ventes totales d'albums. Fait intéressant, lorsque vient le temps d'inviter les artistes à faire une halte dans les magasins, les admirateurs répondent toujours à l'appel.

«Ils sont très fidèles à leurs vedettes, dit-il. Si l'on fait venir des gens du blues ou du jazz, ça ne marche pas très bien. Mais quand on a invité Megadeth, on a eu 1000 personnes, pour Slayer entre 600 et 700 et pour un groupe underground comme Nightwish, qui attire un public jeune, on a eu plus de 500 personnes un lundi après-midi! Il y a seulement les grandes vedettes de la pop comme Aznavour ou Bruno Pelletier qui font mieux que ça.»

Lafleur s'est longtemps occupé des réclamations d'assurance. Il a remarqué que lorsque les gens se pointent pour refaire leur discographie, leur fibre métal les trahit. Le groupe Metallica est en effet très fréquemment au rendez-vous, avec un ou deux titres.

La finesse des décibels

Au-delà de la parenté européenne qu'a relevée Janick Gers, comment expliquer l'impérissable amour des Québécois pour le genre qui trouve ses racines dans le matériel des Deep Purple, Led Zeppelin et Black Sabbath?

«Le fait qu'on soit dans une ville presque entièrement francophone y est pour quelque chose, avance Luc Laroche, de Warner. Il est possible que les gens s'arrêtent moins aux paroles pour écouter davantage le côté musical. Ils sont plus intéressés par la façon dont est jouée la musique, par les structures. C'est assez cérébral comme approche...»

Il y a par ailleurs une parenté certaine entre la passion que Québec a toujours eu pour le rock progressif et celle du métal — la troupe prog-métal Dream Theater, qui est plus populaire dans la région que partout ailleurs au Canada, l'illustre on ne peut mieux. Ces deux styles musicaux ont en commun un souci de la structure, une volonté d'établir une imagerie et des spectacles où la présence scénique prend beaucoup d'importance, que ce soit par l'entremise des instrumentistes ou par les artifices déployés. À ce chapitre, la Vieille Capitale se distingue nettement de la métropole.

«Montréal est une ville plus violente, plus agressive et ça semble influencer les goûts des gens parce que le métal populaire là-bas est brutal et délinquant, avec des groupes comme Cryptopsy, analyse Lafleur. Ici on préfère ce qui est mélodique, ce qui est plus fin, mais qui a aussi de l'émotion.»

De son côté, Jean Beauchesne, le directeur artistique du Festival d'été, croit lui aussi que le caractère francophone et l'amour du prog peuvent expliquer, du moins en partie, le phénomène. Il note d'autre part que l'avidité des fans à communiquer leur passion peut avoir un effet d'entraînement. Ceci a donné naissance à bon nombre de sites Internet, dont le récent www.capitaledumetal.com, tenu par des mordus de la région.

«Il y a à Québec sur la scène métal la capacité et l'intérêt de suivre un discours musical, explique Beauchesne. Ces groupes-là arrivent avec leur démarche et les gens aiment les suivre et les comprennent. Les fans aiment aussi discuter de cette musique entre eux, argumenter et communiquer leur passion. Il ont même tendance à parler du chant comme du travail d'un guitariste, d'ailleurs, ils ne parleront jamais de la voix, mais plus du «vocals». Et parce qu'ils suivent de près ce que font les artistes, ils sont exigeants: ceux qui vont aller voir un show des Rolling Stones seront prêt à passer sur des erreurs techniques, pas les fans de métal...»

Métal un jour...

Québec ne saurait se prétendre château fort du métal si elle ne comptait pas sur ses propres groupes. Nombreux sont ceux à animer la scène locale, plus rares sont ceux qui réussissent à la transcender. Les vétérans d'Hanker qui se sont fait entendre en Europe, sont du nombre, tout comme Forgotten Tales et les troupes de black metal Moonlyght et Blinded by Faith.

Quand on jette à l'âge des formations québécoises et à l'âge celles qui transitent par la Vieille Capitale, il y a parfois de quoi se demander si la passion du métal s'essoufflera. Pourtant, tout indique que non. Pendant que les Scorpions et autres Whitesnake entretiennent la nostalgie des amateurs, Iron Maiden, Metallica et Dream Theater parviennent à conquérir de nouvelles générations. Même le courant néo-métal se fraie une place jusqu'aux ondes radio avec des bands comme Evanescence.

«Il y a plein de jeune qui trippent métal, confirme Martin Lafleur. Le mouvement power métal est très fort. Et puis il y a une nouvelle tendance au gothique néo-métal, avec des filles qui comme leader, c'est très à la mode en Europe...»

Métal un jour...

Source: Le Soleil cahier arts et spectacles, Québec hurlant, samedi le 10 janvier 2004




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